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Les Jardins du Château de Losse : la marcescence des charmes


Dans nos magnifiques jardins patrimoniaux, un phénomène discret mais riche en sens capte pourtant l’attention : la persistance des feuilles sur certaines branches de Carpinus betulus — autrement dit, la marcescence. Voici un article conçu pour éclairer ce phénomène, sa place dans notre paysage, et pourquoi il mérite d’être observé et valorisé.


Qu’est-ce que la marcescence des charmes ?

Le terme vient du latin marcescere, qui signifie « se flétrir / se dessécher ». En botanique, la marcescence désigne la situation dans laquelle un organe végétal (par exemple une feuille) demeure fixé à la plante après sa flétrissure, alors que normalement il serait tombé. Plus concrètement : à l’automne, une grande partie des arbres à feuillage caduc forme une « zone d’abscission » (une couche de cellules à la base du pétiole) qui permet à la feuille de se détacher du rameau. Dans les espèces marcescentes, cette zone se forme tardivement ou partiellement ; ainsi les feuilles mortes restent accrochées jusqu’à l’hiver voire jusqu’au printemps.


Pourquoi le charme (Carpinus betulus) ?

Le charme commun appartient à la famille des Bétulacées (Betulaceae), dans l’ordre des Fagales. Ce sont justement de nombreuses espèces de cet ordre (comme les hêtres, les chênes, certains charmes, etc.) qui présentent un feuillage marcescent. Donc, lorsque vous voyez des charmes qui conservent leurs feuilles mortes, ce n’est pas un signe de maladie mais un trait naturel — et patrimonial — de ces arbres dans leur contexte de jardin historique.


Hypothèses écologiques derrière la marcescence

Les scientifiques n’ont pas encore identifié une seule cause définitive à la marcescence ; on parle plutôt de multiples hypothèses, ce qui la rend d’autant plus fascinante. Voici deux d’entre elles, particulièrement pertinentes pour nos jardins :

  1. Gestion retardée de la matière organique. En conservant les feuilles mortes durant l’hiver et en les lâchant au printemps, l’arbre pourrait retarder la libération des nutriments dans le sol (« paillage naturel ») à un moment plus favorable pour ses nouveaux bourgeons et sa reprise de croissance.

  2. Effet visuel ou de protection – brise-vent / écran. Les feuilles mortes accrochées peuvent agir comme un « rideau végétal » durant l’hiver : elles réduisent l’impact du vent sur les branches, peuvent piéger la neige ou créer une couverture légère, et protéger les bourgeons ou la base de l’arbre contre des conditions hivernales rigoureuses. Dans un jardin conçu pour être contemplé tout au long de l’année, cette présence visuelle — même sans verdure vive — est un élément de design subtil.


Marcescence et jardins à la Renaissance

Dans les grandes traditions paysagères, notamment à la Renaissance, l’usage du charme pour structurer les haies, les allées ou les bosquets était fréquent : l’arbre offrait non seulement du feuillage en saison, mais aussi une présence visuelle même en hiver. Au Château & Jardins de Losse, cette pratique patrimoniale se poursuit : les charmes marcescents participent à l’ambiance hivernale, à la texture du paysage, à la structuration visuelle quand beaucoup d’autres arbres sont déjà « nus ». Ainsi, la marcescence n’est pas seulement une curiosité botanique : elle devient un élément paysager, un trait d’identité visuelle, et un lien avec l’histoire des jardins anciens.


Conclusion

La marcescence des charmes est une petite extravagance de la nature — un arbre qui ne « lâche pas » ses feuilles tout de suite — et pourtant elle contribue à la richesse du paysage, de l’écosystème et du patrimoine. Au Château & Jardins de Losse, cette caractéristique des charmes offre une double valeur : scientifique (écologique) et esthétique (paysagère). Lors de votre prochaine visite, ralentissez, observez, et appréciez ces feuilles tenaces comme un signe discret mais puissant de la vie des arbres — même en hiver.




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